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Depuis la fin de l'été météorologique, le 1er septembre 2018, notre pays a connu quelques périodes de beau temps chaud et ensoleillé, dont une nouvelle période qui commence ce 4 octobre...
Doit-on parler d'été indien dans ce cas ?

Non, parce que cette saison n'existe que dans le nord du continent américain. De plus, là-bas, il apparaît après une première incursion (pré)-hivernale.

Mais en Europe, même si elles sont méconnues, des expressions pour parler d'un retour d'une relative douceur et de temps ensoleillé en arrière-saison existent. L'été de la Saint-Martin est sans doute le plus connu de tous (quand la période arrive vers la mi-novembre). Mais qui a entendu l'expression d'été des vieilles femmes, qui est employé quand la période de beau temps doux arrive entre le 15 septembre et le 5 octobre ?


Belle journée d'arrière saison en cette fin septembre 2018, à Jemeppe-sur-Meuse. Photo : Bernard Radelet.

L’été des vieilles femmes est sans doute une notion inconnue en Wallonie, mais très connue en Flandre et aux Pays-Bas (oudewijvenzomer), et surtout en Allemagne (Altweibersommer), Pologne (babie lato), Tchéquie (babí léto) et Hongrie (vénasszonyok nyara).

C’est une sorte de bref retour de l’été, qui se produit entre le milieu et la fin de septembre (entre le 17 et 25), après une période de temps déjà automnal. Il fait beau et doux, avec une luminosité douce, parfois une très légère brume et des températures tournant autour de 25°C. Dans l’imaginaire allemand, on voit très bien des dames d’un certain âge en train de déguster des gâteaux sur la terrasses d’un salon de thé (ou plutôt d’un « Kaffeehaus », voire d’un « Kuchenkaffee » – café typiquement allemand où l’on sert du gâteau), sous les rayons d’un soleil ni trop fort, ni trop faible.

Il s’agit pourtant d’une déformation étymologique. « Altweibersommer » ne provient pas du substantif allemand « Weiber » (femmes), mais de l’ancien verbe germanique « weiben » (tisser – pour les araignées). En fait, il s’agit de la saison où les jeunes araignées tissent de longs fils, particulièrement visibles sous la luminosité spéciale qui règne à cette saison.

Par extension, on a parfois associé cette période aux vieilles femmes qui tissaient jadis (pour la dernière fois de la saison) dehors, devant la porte de leurs maisons. D’autres y voyaient encore une origine mythologique, associant cette période de beau temps à une ancienne déesse germanique aux longs cheveux blancs.

Quoiqu’il en soit, il s’agit d’un phénomène climatique récurrent, qui concerne toute l’Europe occidentale et centrale, donc aussi la Belgique. Un peu comme les saints de glace en mai. Et comme les saints de glace, le phénomène ne se produit pas toujours exactement à la période voulue par la tradition, mais parfois un peu avant ou un peu après.

C’est bien pour cela que l’institut météorologique allemand (Deutscher Wetterdienst) a étendu la période et parle d’un Altweibersommer si le phénomène se produit entre la mi-septembre et le début octobre.

Nous considérons la période du 15 septembre au 5 octobre au cours des 30 dernières années à Uccle, le phénomène s’est présenté, à des degrés divers, lors des années suivantes :

1989
17 au 22/09 
(6 jours) 
5 beaux jours
4 jours d’été, max 27,3°C le 18/09
1992 26 au 27/09
(2 jours) 
1 beau jour 1 jour d’été le 27, max 25,9°C le 27/09
1993 20/09
(1 jour)
1 beau jour  1 jour d’été, max 25,4°C le 20/09
2003 15 au 22/09
(8 jours) 
7 beaux jours
(+ 1 le 14)
5 jours d’été, max 29,4°C le 20/09
2009 18 au 22/09
(5 jours) 
4 beaux jours 1 jour d’été, max 25,7°C le 19/09
2011 24/09 au 03/10
(10 jours)
9 beaux jours  6 jours d’été (dont 3 en octobre), max 27,3°C le 29/09
(sans doute l'un des plus remarquables : voir notre article ici)
2014 15 au 19/09
(5 jours) 
4 beaux jours 2 jours d’été, max 25,7°C le 19/09
2018 15 au 20/09
(6 jours) 
5 beaux jours 2 jours d’été, max 26,1°C le 17/09


- Beau jour = insolation ≥ 8h et température ≥ 20°C
- Jour d’été = température ≥ 25°C
- Critères minima : 1 jour d’été et pas plus de 1 jour d’interruption dans les beaux jours et/ou jours d’été

En 2006, les critères d’un altweibersommer étaient remplis, sauf qu’il ne s’agissait pas d’un retour de l’été, mais de la prolongation d’une période chaude antérieure.

En 2003, il s’agit bien du retour de l’été, mais le premier jour très ensoleillé est le 14 septembre, avec toutefois « seulement » 20,4°C.

En 2016, le retour de l’été est juste trop tôt pour être considéré comme un altweibersommer, avec une pointe de 31,2°C le 13 septembre et la belle période située entre le 12 et le 15 septembre. En 2017 au contraire, le retour de l’été se fait trop tard, avec 25,7°C le 16 octobre et une belle période du 14 au 16. Le 17 aurait pu s’ajouter à la série si le ciel n’avait pas été « jauni » par les sables du Sahara et les fumées des feux de forêt au Portugal, conséquence indirecte du parcours inhabituel du cyclone tropical « Ophelia ».


Maintenant, comment explique-t-on cet « Altweibersommer » ?

Il faut savoir, en fait, que l’automne est un jeu qui se joue à trois acteurs. Le premier acteur est l’Arctique, qui se refroidit bien (jusqu’à présent encore) au « crépuscule » de la nuit polaire. Le deuxième acteur est l’Océan atlantique qui lui, aux latitudes moyennes, ne se refroidit que très lentement, gardant longtemps la chaleur emmagasinée pendant l’été. Le troisième acteur est le continent qui, en contrepartie, se refroidit rapidement après la mi-septembre, et surtout après l’équinoxe.

Les deux premiers acteurs, le pôle et l’océan, créent un contraste thermique de plus en plus marqué entre eux, ce qui a pour effet de renforcer la circulation d’ouest. Il s’ensuit une première arrivée massive de perturbations atlantiques, avec une dépression mère qui se creuse près de l’Islande et un anticyclone des Açores qui, petit à petit, est repoussé vers des latitudes plus méridionales. Des conditions automnales plus ou moins marquées s’installent donc.

Le troisième acteur, le continent qui se refroidit, attire de plus en plus souvent des anticyclones. Ces anticyclones sont parfois assez puissants pour rejeter vers le nord la circulation perturbée d’ouest, voire d’arrêter tout à fait sa progression. Nous avons alors affaire à une situation de blocage, avec un anticyclone situé à l’est et des dépressions (éventuellement secondaires) bloquées à l’ouest, sur l’océan Atlantique. Entre ces deux centres d’action s’établit un courant de sud d’origine méditerranéenne, qui se dessèche en passant au-dessus des Pyrénées ou des Alpes et qui nous ramène du beau temps chaud. La force moindre du soleil et les nuits plus longues empêchent toutefois (sauf exceptions) l’installation d’une véritable canicule.

Dans le cas de 2018, on peut même parler d’un quatrième acteur : les ex-cyclones tropicaux Helene et Joyce, qui contribuent à aspirer l’air chaud du sud. Il faut dire que 2018 est un cas particulier. On ne peut pas parler d’un véritable retour de l’été, mais pas non plus d’une véritable prolongation de l’été. Le temps s’est certes temporairement rendu un peu plus automnal, mais une vraie circulation d’ouest automnale n’a pas encore réussi à se mettre en place (pas plus qu’aux autres saisons d’ailleurs).

En attendant, signalons que la réapparition du beau temps peut aussi se faire à une saison plus tardive encore (comme en 2017), mais l’appellation est alors autre, comme par exemple « Goldener Oktober » en Allemagne.

En Belgique, plus tard encore dans la saison, on parlera de l’été de la Saint-Martin, qui se manifeste vers le 11 novembre. En fait, il s’agit alors d’anticyclones (mobiles ou non) qui interrompent le flux des perturbations, ne fût-ce qu’un jour, comme cela se passe à d’autres saisons aussi. Mais à cette saison-là, ce qui se remarque le plus, c’est qu’une période de beau temps (brève ou non) est douce pour la dernière fois (températures de 12-13°C, voire plus), avant que le temps anticyclonique ne s’accompagnera presque immanquablement de températures basses (sauf parfois dans les Ardennes, au-dessus de l’inversion). Ces 12-13°C de « l’été » de la Saint-Martin ne doivent donc pas être perçus comme une dernière manifestation de l’été, mais plutôt comme la dernière manifestation du « non-hiver » par temps anticyclonique.

Le réchauffement climatique que l’on connaît ces dernières décennies a évidemment une influence sur ce phénomène, comme sur tous les autres d’ailleurs. À l’heure actuelle, les 25°C sont (un peu) plus facilement atteints que jadis en fin septembre ou début octobre. Cela se voit déjà dans la liste établie ci-dessus, ne portant pourtant que sur les 30 dernières années, mais où les occurrences sont plus fréquentes dans les années récentes.

Cependant le phénomène en lui-même reste inchangé. Tant que le pôle n’aura pas entièrement fondu, tant que les circulations d’ouest et leurs contraires (situations de blocage) continueront à exister, « l’Altweibersommer » gardera toutes ses caractéristiques, à 1 ou 2°C près. 

Les derniers jours du mois de septembre 2011 auront été estivaux, et le soleil omniprésent, une fois les brumes
matinales dissipées,  
comme ici à Sautin, le 28 septembre au petit matin. Photo : Catherine Marique.

Merci à Robert Vilmos pour le travail préparatoire de l'article.

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