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Niveau : initié


Dans le cadre d'un travail de fin d'études, notre responsable climatologie de MeteoBelgique - Philippe MIEVIS - s'est prêté à une séance d'interview relative à la problématique du réchauffement climatique et a répondu aux questions de Mademoiselle Cassandre LOMBA.
Etant un sujet d'actualité, et revenant souvent dans vos mails de demandes d'information, nous mettons le contenu de cet interview à disposition de nos visiteurs, dans son intégralité.
(Les propos ne reflètent que l'opinion de l'auteur et ne sont donc pas forcément l'avis des autres membres de l'équipe de MeteoBelgique).


L'effet de serre : si le principe est salutaire pour la vie sur notre planète (sans elle la température serait de -18°C en moyenne contre les 13°C actuels), son emballement par l'augmentation des gaz à effet de serre peut conduire à la catastrophe.

 

Cassandre Lomba : D’après vous, peut-on dire que l’homme est le principal responsable du réchauffement climatique ?

Philippe Mievis : Le principal certes, mais pas le seul. On n’est pas encore tout à fait sûr de ce qu’il se passe. Une chose est certaine : il y a des cycles, comme ceux de l’activité solaire, qui interviennent. Mais il y a énormément de chance pour que l’homme ou en tout cas ses activités, qui rejettent des gaz à effet de serre, soit effectivement le principal acteur du réchauffement actuel.

C.L : Sommes-nous en bonne voie pour respecter le protocole de Kyoto ?

P.M : Non, de toute façon le protocole de Kyoto était mal parti en ce sens où déjà les Etats-Unis ne voulaient pas le respecter. Les pays émergeants, comme la Chine et l’Inde, considéraient que ce n’était pas leur affaire : en effet, si la situation était là où elle en était, la faute en revenait aux pays évolués qui avaient rejeté des gaz à effet de serre depuis plus d’un siècle. Et la Russie, quant à elle, a toujours dit qu’elle allait suivre le protocole, mais finalement plus pour se faire bien voir par la Communauté Européenne que pour vraiment faire les efforts nécessaires. Même pour l’Europe, si on prend ne fût-ce que la Belgique, on voit très bien que cela n’est pas ce qui aurait dû être.
Donc c’était mal parti.

C.L : Quels sont les freins majeurs ?

P.M. : Les freins majeurs sont simples. Je pense que, par exemple pour les USA, ils ne veulent pas du protocole parce qu’ils sont contre tout ce qui peut freiner leur développement économique. En effet, le protocole de Kyoto implique la diminution des émissions de gaz à effet de serre et particulièrement le dioxyde de carbone, or ça coûte très cher et il faut trouver d’autres solutions. Mais le problème est mondial, c’est-à-dire que s’il n’y a qu’une partie d’un continent ou qu’un seul continent qui fait des efforts, il va payer pour les autres et finalement c’est son économie qu’il va mettre en danger. C’est là que réside le problème.

C.L : D’après vous, l’utilisation des énergies renouvelables est-elle un bon moyen de respecter le protocole ?

P.M. : Oui, c’est toujours bien. Les énergies renouvelables qui ne rejettent pas de dioxyde de carbone comme l’énergie éolienne et solaire sont intéressantes. Certaines plus que d’autres. Prenons l’exemple de l’énergie solaire : elle peut paraître intéressante, mais finalement, pour produire des cellules photovoltaïques, le rejet de CO2 est fort important et cela n’est pas toujours bien pris en compte dans le calcul global. De plus, la durée de vie de ces cellules n’est pas énorme. Il faut donc tout bien analyser.
Je pense qu’effectivement, certaines énergies renouvelables devraient être plus prises en considération ; l’énergie éolienne en est une. Mais ce n’est pas toujours évident et je crois que le problème est surtout financier : pour mettre en place certaines infrastructures capables de générer de l’énergie «verte », il faut avoir les capitaux. Il n’y a donc pas que la volonté, il faut aussi avoir les moyens ! Pour des pays comme le nôtre, c’est encore possible mais pour des pays émergeants comme la Chine et l’Inde qui ne demandent qu’une chose, pouvoir se développer, ils ne se lanceront pas dans ce genre d’énergie qui coûtera plus cher en investissements.



C.L : Le nucléaire est-il, selon vous, une énergie propre et sûre ?


P.M. : Non ce n’est pas une énergie propre et sûre mais pour l’instant, on n’a pas le choix. C’est une énergie qui reste bon marché et qui n’émet pas de gaz à effet de serre, mais il y a bien sûr les déchets radioactifs qui ont une très grande longévité. Mais dans l’optique actuelle, pour un pays comme la Belgique, il ne faut absolument pas couper les centrales nucléaires qui sont actuellement actives.
A long terme, ce n’est évidemment pas la solution, mais pour l’instant, il n’en existe pas d’autres qui pourraient diminuer les gaz à effet de serre. L’avantage avec le nucléaire, basé uniquement sur le principe de la fusion nucléaire, c’est qu’il n’en dégage pas Ce n’est pas la solution idéale, mais pour le réchauffement et pour pouvoir diminuer les émissions de gaz à effet de serre, c’est malheureusement une des seules qu’on ait à court terme, raison pour laquelle, il ne faut actuellement pas fermer les centrales. Je n’ai pas dit que c’était la bonne solution mais pas à court terme, il faut attendre que d’autres moyens soient mis en œuvre.

C.L : Faudrait-il le remplacer par les énergies renouvelables ?

P.M. : Ce serait bien mais encore une fois tout ne peut pas se faire en une fois et aussi faire une estimation correcte du coût réel. Mais à terme c’est ce qu’il faut faire, bien sûr.

C.L : D’après vous, l’utilisation des biocarburants est-elle une bonne solution ?

P.M. : Non ce n’est pas une bonne solution. Il y a deux effets pervers avec les biocarburants.
Le premier est le coût de production : il faut les planter, il faut des tracteurs qui consomment, … Ca va coûter en énergie, en CO2 pour la production mais aussi en irrigation. Et le second, gros problème constaté actuellement, c’est que beaucoup de pays économiquement faibles se disent que c’est peut-être une solution de cultiver du maïs, du colza,…qui peuvent être transformés en biocarburants. Mais les terres qui sont employées pour ça ne le sont plus pour la culture de la nourriture. Or on voit pour l’instant que commence une grosse crise au niveau du prix des denrées alimentaires de base (du blé, du riz, etc.) et avec ce genre de cultures à biocarburants en concurrence, cela ne risque pas de s’améliorer. Pour moi ce n’est donc pas une très bonne idée.

C.L. : Selon vous, quel serait l’idéal à mettre en place au niveau mondial ?

P.M. : Ce qu’on a déjà fait fin des années 80 début des années 90, le protocole de Kyoto et essayer de partir sur quelque chose de commun à toute la planète, ça ne va pas parce que tout le monde fait ce qu’il veut dans son coin. Il faut être conscient que c’est un problème mondial, et, heureusement, les mentalités commencent à changer.. Mais il faut voir le problème de façon globale et alors essayer de trouver les solutions qui soient économiquement rentables. Il existe des solutions mais actuellement non rentables ou pas au point mais aussi de nombreuses idées à creuser: par exemple on pense à créer des puits de carbone c’est-à-dire essayer de récupérer le carbone qu’il y a dans l’air pour diminuer le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Un potentiel de solutions, d’idées existent mais il faut plus de moyens à la fois pour développer la recherche pour les mettre en œuvre.

C.L : Au niveau individuel ?

P.M.: Au niveau individuel il y a quand même moyen de faire beaucoup de choses : quand on change de pièce il faut éteindre la lumière, ne pas laisser la télévision allumée s’il n’y a personne devant, etc. On a un comportement assez égoïste mais il y a des comportements faciles à adopter. Par exemple quand on doit aller dans un magasin, il faut se poser les questions : est-ce qu’il est loin ? Je ne peux vraiment pas y aller à pied ? Faut-il vraiment prendre la voiture ? Acquérir les réflexes comme de fermer la fenêtre quand le chauffage est allumé. Essayer de mieux isoler la maison. Certaines firmes peuvent aider à faire une installation d’énergie solaire sur le toit par exemple. Surtout que maintenant l’état octroie des primes pour ce genre d’investissements. Le plus grand moyen est de se demander : qu’est-ce que je peux faire pour ne pas gaspiller l’énergie ? Faire de petits efforts qui peuvent être payants directement est possible et le consommateur verra par lui-même que ça lui coûte moins cher.

C.L : Quelles sont les actions concrètes réalisées en Belgique ?

P.M. : Pour l’instant il n’y a malheureusement pas grand-chose qui a été fait au niveau de la Belgique. La seule chose positive est de donner des primes aux particuliers pour les aider à mieux isoler leur maison et pour d’autres investissements du même genre. Au niveau des industries, pas encore grand-chose n’a été fait si ce n’est -mais je ne trouve pas que c’est une bonne idée- les quotas de carbone. Avec le protocole de Kyoto, chaque pays se voit alloué un quota d’émission de CO2 qui doit être respecté. La possibilité existe pour certains pays comme le nôtre de racheter le quota ou des parties de quota à d’autres pays, l’avantage c’est que ce faisant, les pays acheteurs peuvent aider ces pays-là. Certains pays qui ne polluent pas, par exemple le Pérou qui ne pollue presque pas par rapport à ce qu’il «pourrait faire » peuvent vendre aux pays industrialisés leur quota non utilisé. Cela peut aider à développer le pays en question et permettre aux pays comme la Belgique d’émettre un peu plus de CO2 que ce qui était prévu dans le protocole.

C.L : Que répondriez-vous à celui qui vous dirait : « ce ne sont pas les citoyens qui polluent mais les industries alors tant qu’ils ne font rien mes efforts ne serviraient à rien » ?

P.M. : C’est vrai mais il n’y a pas que les industries, les particuliers aussi et je pense que si rien que les particuliers commencent déjà à faire des efforts ça peut faire une grosse différence. Il faudrait peut-être taxer les voyages en avion parce c’est aussi une grande source d’émission de CO2. C’est vrai qu’on entend souvent ce genre de propos mais c’est vraiment un problème global, ce n’est pas un problème de l’individu, ce n’est pas un problème de pays ni de continent, c’est un problème mondial. Si tout le monde rejette la faute sur l’autre, jamais rien ne va avancer jusqu’au moment où ce sera trop tard et on va foncer droit dans le mur. Tout le monde doit prendre ses responsabilités du plus petit citoyen jusqu’au président des Etats-Unis, chacun doit prendre les mesures qui sont nécessaires sinon d’ici quelques décennies, ce sera la catastrophe.

C.L : Donc selon vous, il y a encore moyen de régler la situation ?

P.M. : C’est difficile à dire. J’ai lu beaucoup de choses contradictoires à ce propos. Vous savez le mur il est là et on va droit dedans ; alors soit on freine et quand on atteindra le mur les dégâts seront limités, soit on continue à accélérer et quand on percutera le mur ce sera la catastrophe. C’est certain il y aura des dégâts mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire et de toute façon si on n’arrête pas maintenant ce sera pire encore et plus rapidement.

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